Une transaction qui ne manque pas de SEL - Le Soir

Posté par: so dans Dans la presse

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C’était la dernière parcelle. La commune d’Ixelles a vendu le 18 mars dernier à la SEL (Société Espace Léopold) pour 3 millions d’euros les terrains qu’elle avait expropriés en 2004 au coin des rues Godecharle et d’Idalie. La SEL veut y créer 66 logements, sur base d’un permis d’urbanisme obtenu fin 2009. Un projet dessiné par les « Architectes associés », qui ont déjà travaillé dans le quartier, pour la construction d’autres logements.

 

Que l’on ne se fasse pas d’illusion : le prix au m2 des logements s’alignera sur celui du quartier : c’est-à-dire à peu près inabordable pour la plupart des Bruxellois de souche. Et cela fait bondir la députée SP.A Sophie Brouhon, qui critique vertement le choix du collège.

La parlementaire regrette que la vente n’est assortie d’aucune condition particulière. « De toute évidence, le collège de l’actuelle majorité a enterré le combat des habitants et de l’AQL (Association Quartier Léopold) pour qu’un minimum de logements de type social soit érigé grâce aux moyens financiers que la commune touche par la transformation radicale du quartier. » Sophie Brouhon s’étonne aussi de l’octroi par la commune d’un permis de bâtir à un partenaire privé préalablement à la vente des terrains de la commune à ce même partenaire. La députée s’est adressée au secrétaire d’Etat au Logement Christos Doulkeridis (Ecolo) et au secrétaire d’Etat en charge de l’Urbanisme Emir Kir (PS) pour obtenir des éclaircissements.

 

A la commune d’Ixelles, on explique que la vente de la parcelle à la SEL n’est que le dernier acte des accords passés pour le réaménagement de l’Espace Léopold. Et de brandir la convention signée en 2002, qui stipule que « dès qu’elle sera propriétaire, la SEL réalisera 5.020 m2 minimum de surfaces de logements neufs ou rénovés et de commerce ». La nature des logements n’étant pas définie dans la convention, la commune estime ne pas pouvoir formuler aujourd’hui de nouvelles exigences.

 

Pour rappel, les trois lettres SEL évoquent de douloureux souvenirs aux « Indiens » d’Ixelles. La « Société Espace Léopold » a été en effet le principal acteur immobilier de ce que l’on appela à l’époque l’« Espace Bruxelles Europe », ce qui nous reporte à une vingtaine d’années. A l’époque, le secrétaire d’Etat Jean-Louis Thys chargé du projet, (premier gouvernement Picqué) voulait aller vite. L’Europe n’avait pas formellement choisi Bruxelles comme capitale et la construction de l’hémicycle européen s’avérait indispensable pour cautionner les ambitions européennes de Bruxelles. Il fallait donc construire le quartier européen sans que l’Union européenne ne dirige elle-même l’opération, car cela eût signifié que l’on favorisait le site bruxellois au détriment de Strasbourg.

 

C’est dans ce contexte qu’est née la SEL, chargée de mener à bien cette construction pour le compte de l’Union. Composée de promoteurs, c’était une association momentanée (qui existe maintenant depuis 20 ans…), qui agissait officieusement pour le compte des instances européennes et dont la mission principale était d’ériger sur Ixelles le Parlement européen et ses annexes. Cette mission s’est déroulée dans les pires conditions et dans un contexte de « guerre urbanistique » avec les associations, épouvantées par la modification radicale que connaissait le quartier.

 

Rapidement, aux yeux des associations d’habitants, des « Indiens » et des partis de gauche, la SEL est apparue comme caricaturale : intraitable en affaires et protectrice des intérêts de la promotion immobilière. Elle semblait faire fi de toute considération urbanistique et sociale. Cette vision était encore renforcée par le fait que la SEL était le seul interlocuteur (l’Europe refusait assez hypocritement de sortir du bois) des associations. Il est vrai aussi que dans les années 1990, la fonction logement apparaissait très faible (car non rentable) face à celle des bureaux. De plus, on pouvait déplorer l’absence d’une fonction publique susceptible de jouer les arbitres.

 

Les tensions entre l’AQL et la SEL qui construisait le Parlement européen se sont petit à petit estompées. D’une part parce que l’Europe a peu à peu assumé son rôle et, d’autre part, parce que les autorités régionales ont décidé de mettre de l’ordre dans le développement du quartier. La Région bruxelloise et l’Europe ont compris l’intérêt qu’il y avait de construire un quartier harmonieux. D’importantes compensations logement aux espaces de bureaux furent acquises. En outre, la construction de logements de luxe (souvent plus de 3.000 euros me m2 à la vente au particulier), dans le quartier de la place du Luxembourg s’est avérée rentable pour les promoteurs.

 

La SEL ne se fit plus tirer l’oreille pour réaliser les compensations logement promises. Le débat s’est alors déplacé : les habitants et associations ont réclamé du logement à prix abordable. Et ce débat-là, il est loin, très loin d’être réglé.

 

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