Somnolence criminelle

Posted by: so in Dans la presse

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Les chiffres sont aussi implacables que consternants: le sida est plus que jamais présent en Belgique. Jamais depuis le début de l'épidémie au début des années 1980, notre pays n'a connu un tel nombre de nouveaux cas d'infection par le virus du sida (VIH). 

Ainsi, selon les chiffres rendus il y a peu par l’Institut de Santé publique (ISP), 1.115 nouveaux séropositifs ont été diagnostiqués durant l’année 2009, ce qui constitue un record absolu.

Comment expliquer pareille recrudescence ou, plus exactement, pareil pic de ces chiffres ? Selon un fonctionnaire responsable des infections sexuellement transmissibles à l’ISP, « la fréquence des infections par le virus du sida reste très élevée, chez nous, depuis 2003. Cette stabilisation à niveau élevé dissimule en fait des évolutions marquantes dans les modes de transmission de la maladie. Si les cas de séropositivité dans la population homosexuelle masculine ne représentaient que 23 % des infections diagnostiquées en 2002, ils représentaient 46% des infections en 2008 ».

Cela signifie que, en l’espace de six ans, la proportion d’homosexuels masculins contaminés a doublé. « Une population à risque qui semble prendre moins de précautions. Des enquêtes montrent que les homosexuels masculins recourent moins au préservatif… Une pratique qui se traduit non seulement par une hausse des nouvelles infections au VIH, mais aussi par l’essor d’autres infections sexuellement transmissibles, comme la syphilis. »

Que faire face à cette augmentation de nouveaux cas d’infection par le virus du sida (VIH) ? L’ISP rappelle qu’il importe de miser sur la prévention, notamment en renouvelant les campagnes de sensibilisation ciblant la communauté homosexuelle masculine. 

Suffira-t-il que l’on en arrive à de tels extrêmes pour voir enfin menée une politique qui fait efficacement obstacle à l’épidémie dans notre pays et à Bruxelles en particulier ? Pas sûr et c’est cette incertitude qui me pose problème. En effet, quand on sait à quel point les organismes émanant de la vie associative réclament des moyens financiers pour mener des campagnes de prévention, que ce soit dans les milieux homosexuels ou autres, on est en droit de penser que le pouvoir politique ne semble pas avoir encore pris la réelle mesure du phénomène en cours. Pas plus d’ailleurs que les mesures qui, à mon sens du moins, devraient être imposées pour mener réellement la guerre au sida dans toutes les Régions de notre pays. 

Après avoir montré pendant une dizaine d’années, depuis le début des années 1990 à début des années 2000, qu’elle s’attelait concrètement à la tâche pour faire face et échec et la propagation du sida dans le pays, la Belgique semble, dans sa globalité institutionnelle, s’être quelque peu assoupie ou s’être par trop reposée sur des organes associatifs à qui il a toujours été demandé de faire plus avec des moyens qui étaient de loin insuffisants pour rencontrer les objectifs… 

Les chiffres évoques montrent que la politique, que je qualifierais volontiers des petits moyens et des petites volontés, ne peut être poursuivie de la sorte tant elle me semble ressortir de la somnolence criminelle.

J’estime qu’il est plus qu’urgent de prendre le taureau par les cornes et de ne plus laisser la situation aller en se dégradant comme c’est le cas depuis une petite dizaine d’années. Dans cette perspective, la ou le Ministre fédéral qui aura la Santé dans ses attributions se devra de réunir, aussi tôt que possible, tous les acteurs concernés par la politique à mener en matière de lutte contre les maladies sexuellement transmissibles et de faire le point, avec toutes les autorités des Communautés, des Régions et des Communes, sur les tâches mais surtout obligations qu’il reviendra à chacun d’assumer pour donner au « Plan » qui se dégagera de ces Etats Généraux les plus grandes chances de déboucher sur les meilleurs résultats. C’est-à-dire sur une régression notable dans les trois ans à venir du nombre de cas d’infection par le virus du Sida dans notre pays.

Je veux espérer que, dans ce domaine comme dans d’autres, le nouveau gouvernement sera bien davantage que le précédent à la hauteur de cet enjeu majeur visant à réduire, drastiquement et durablement, les risques de contagion des maladies sexuellement transmissibles, et de celle du Sida en particulier.     

 

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