Pour ne plus vivre dans l'ombre du nucléaire

Posté par: so dans Dans la presse

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C'était il y a 65 ans. Le 6 août très précisément. Il était 8.15 heures quand, au-dessus de Hiroshima, le colonel Tibbets, commandant du B-29, actionna la commande de largage de la bombe atomique de quatre tonnes chargées d'uranium 235 sur la ville. Moins d'une minute après, « Little boy », le nom donné à la bombe, explose à quelque 2000 pieds d'altitude.

Les personnes qui, de loin, furent les témoins de cette scène racontent qu'il y eut tout d'abord un éclair blanc d'une très vive intensité qui précéda de peu un rayonnement thermique d'une telle chaleur qu'il fit fondre la chair des innocents se trouvant dans l'épicentre de son déploiement. Il y eut ensuite un souffle de très grande puissance qui produisit les effets les plus dévastateurs dans la mesure où il rasa tout ce qui était sur son passage et  propagea le feu ainsi que l'irradiation bien au-delà du cercle funeste que fut le ground zéro.

Sur une superficie de 8 kilomètres carrés, n'y eut pas un seul survivant et tout ne fut plus, en un instant, que  terre brûlée, fumée, poussière et barres tordues, un vrai paysage d'apocalypse. La bombe fit sur le coup 80.000 victimes et on estime à 50.000 le nombre des personnes qui périrent plus tard des suites de l'irradiation.

Trois jours plus tard, une autre bombe atomique chargée de plutonium fut larguée au-dessus de Nagaski, faisant à son tour plus de 70.000 morts en l'espace d'un souffle exterminateur.

Aujourd'hui, comme chaque année depuis cette date qui s'est inscrite en lettres de sang dans l'histoire de l'humanité, se tenait, sur le site du Mémorial de la Paix à Hiroshima, une séance commémorative réunissant autour des derniers rescapés de cette tragédie, Autorités de la Ville, différents membres du gouvernement japonais ainsi que des représentants de nombreux pays et d'associations qui, tel Mayors for Peace, militent pour l'abrogation de l'utilisation des armes atomiques. 

Cette année, un représentant du gouvernement américain a, pour la première fois, assisté à cette séance commémorative et déposé une gerbe à la mémoire « de toutes les victimes de la Deuxième Guerre mondiale »A l'issue de cette cérémonie, l'Ambassadeur des Etats-Unis publia un communiqué qui disait en substance «Pour le bien des générations futures, nous devons continuer à oeuvrer ensemble en vue de réaliser un monde sans armes nucléaires". 

La France et la Grande-Bretagne, alliées des États-Unis pendant la Deuxième Guerre mondiale, avaient également dépêché des diplomates dans la ville martyre pour la première fois depuis la capitulation du Japon en août 1945, et ce, comme «geste de soutien au mouvement en faveur du désarmement nucléaire mondial ». 

L'événement ne manque pas de signification (c'est bien pourquoi je me fais un agréable devoir de le rapporter dans mon blog) car il pourrait constituer un pas vers ce monde sans armes nucléaires auquel, comme bien d'autres je pense, j'aspire de toutes mes forces. 

Parmi les discours, le Premier ministre japonais Naoto Kan a déclaré: "La race humaine ne doit pas répéter l'horreur et les souffrances causées par les armes atomiques. Le Japon, en tant que seule et unique nation ayant été victime de bombardements atomiques en temps de guerre, a une responsabilité morale de mener le combat pour construire un monde sans armes nucléaires». 

Le Maire d'Hiroshima, Tadatoshi Akiba a plaidé quant à lui pour un monde où il n'y aurait plus de production d'armes atomiques, pas plus que d'installation ou d'implantation de tels engins. En clair, il en appelait au gouvernement japonais à ne plus s'abriter sous le parapluie d'armes nucléaires américaines et aux pays qui, comme le nôtre, acceptent l'entreposage de telles armes sur leur territoire à ne plus participer à ce jeu de dupes. "Nous saluons ce 6 août avec la détermination renforcée que personne d'autre ne devra à l'avenir endurer de telles horreurs» devait-il ajouter avant qu'il ne soit procédé au lâcher de 1000 colombes blanches.

J'ai eu, il y a cinq ans exactement, l'honneur d'assister à cette cérémonie qui rassemble chaque fois, dans des gestes d'une très grande dignité, des dizaines de milliers de Japonais. Depuis lors j'éprouve plus qu'un pincement de coeur quand résonne dans ma mémoire les coups de gong qui évoquent les moments immédiats qui ont précédé cette scène d'enfer à nulle autre pareille. Il n'est pas interdit de penser qu'un jour « Little Boy » deviendra grand et que, dans la foulée d'Obama qui semble vouloir vraiment oeuvrer pour une réduction drastique des armes atomiques, nous n'aurons plus à « vivre dans l'ombre nucléaire » comme c'est encore aujourd'hui tragiquement le cas, ainsi que le souligna  justement le secrétaire général des Nations-Unies, Ban Ki-moon.

 

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