Notre région sur une véritable bombe sociale
Posté par: so
dans Sur le terrain
le Nov 5, 2011
« Nous sommes assis sur une véritable bombe prête à exploser ». C'est Pascale Pereita, la directrice du Samu social de Bruxelles qui fait cette déclaration pour attirer l'attention de toutes et de tous sur un problème brûlant. Elle évoque ainsi la situation dramatique dans laquelle se trouvent aujourd'hui, et vont se trouver plus encore durant cet hiver, les candidats réfugiés politique en attente d'une décision sur leur sort par le Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides(CGRA).
Pour éclairer cette problématique, les chiffres parlent d'eux-mêmes : le nombre de demandeurs d'asile était de 20.721 en octobre pour l'année 2011 alors qu'il était de 19.941 au total pour les douze mois de 2010. La progression est foudroyante comme il est permis de le constater.
Elle est le résultat de deux flux distincts, le premier qui est constitué des nouveaux demandeurs d'asile et le second qui est la somme des dossiers qui n'ont pu encore être traités par le CGRA. Il faut savoir que celui-ci traite en moyenne 1.800 dossiers par mois, soit un nombre insuffisant par rapport au nombre de dossiers entrants chaque mois.
Si on ajoute à cela qu'il y a 13.000 procédures en attente de finalisation et que la capacité du réseau d'accueil, qui a pourtant été augmentée de 4.800 places au cours de cette dernière année, n'est que de 23.495 places aujourd'hui, on voit bien que la tendance n'est pas du tout à la résorption du nombre de cas solutionnés mais bien, tout au contraire, à l'accroissement du nombre de personnes qui, comme c'est le cas déjà aujourd'hui pour plusieurs d'entre elles, n'auront demain que le « ciel comme seul plafond » au moment de chercher le sommeil.
La situation est plus critique que jamais. Et elle l'est surtout en Région bruxelloise où, de fait, vivent la majorité des demandeurs d'asile. En effet, Bruxelles est, à son corps défendant et pour des raisons qu'il serait trop long d'expliquer ici, la véritable porte d'entrée du pays pour les demandeurs d'asile. C'est donc quasi naturellement sur le territoire de la Région centrale du pays que se trouvent la quasi totalité des demandeurs d'asile à qui Fedasil (Agence fédérale pour les demandeurs d'asile) ne peut octroyer une place dans un de ses centres d'accueil(ou dans un de ceux gérés par la Croix-Rouge ou par les CPAS).
Alors que faire quand on sait que, par ailleurs, il y a également à considérer et à prendre en charge le cas des sans domicile fixe, celui des personnes qui se retrouvent sans-abri ou, encore, celui particulier des Roms qui se trouvent ballottés de commune en commune comme de vulgaires paquets ? S'en remettre à la conférence des bourgmestres bruxellois qui, je n'aurai de cesse de le répéter, n'est pas une instance reconnue comme ayant quelque autorité que ce soit pour réclamer quoi ce soit à qui que ce soit ? Certainement pas.
Laisser ces dossiers on ne peut plus brûlants dans les mains des deux Ministres régionales, Evelyne Huytebroeck et Brigitte Grouwels, qui ont la conduite de l'Action sociale dans leurs attributions mais qui, dans les faits et avec les moyens dont elles disposent, montrent chaque jour qui passe qu'elles sont complètement dépassées tant par la dimension sociale que pose le manque criant de points d'hébergement pour toutes ces personnes qui sont sans toit que par le peu de pouvoir qu'elles ont de se faire réellement entendre là où il le faudrait pour faire bouger utilement les lignes ? C'est cause perdue d'avance.
Que faire alors ? Appeler Charles Picqué à sortir de ses silences dans lesquels il s'enferme de plus plus souvent et lui demander de parler, haut et fort, au nom de tous ceux qui sont dans le besoin le plus urgent ainsi qu'au nom de ceux qui n'ont pas, il est vrai, à pallier l'attentisme d'un pouvoir fédéral dit en affaires courantes mais qui a pu déclarer la guerre à la Lybie et qui se dit dans l'impuissance de prendre les mesures nécessaires pour régler un problème qui est spécifiquement de son ressort.
Je pense sincèrement que ce n'est que de cette manière, en faisant entendre de bons arguments au nom des sans toit et de celui de la crédibilité de nos instances démocratiques qu'il sera possible de déminer la bombe dont parle à juste titre la directrice du Samu social de Bruxelles. Il n'est peut-être pas trop tard pour agir mais il est plus que temps de le faire.
C'est à notre Ministre-Président de montrer, dans pareille épreuve, que notre Région mérite bien, en sachant se faire entendre par tout un chacun, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur de ses limites, le statut de Région à part entière qu'il a, avec d'autres, si souvent réclamé.
