L'opposition met à mal la thèse de Huytebroeck - Le Soir
Posté par: so
dans Dans la presse
le Dec 23, 2009
La thèse de la « gentille Région » face au « méchant Aquiris », l’exploitant qui a fermé la station d’épuration de Bruxelles-Nord du 8 au 17 décembre, provoquant une importante pollution des cours d’eau du bassin de l’Escaut, est-elle en train de prendre l’eau ? Ce mardi matin, en commission Environnement du Parlement bruxellois, de nouveaux éléments mis en avant principalement par le SP.A et le MR ont jeté un éclairage neuf sur l’affaire.
Ces éléments ne corroborent pas la version de la ministre de l’Environnement Evelyne Huytebroeck (Ecolo) selon laquelle la qualité des effluents (les eaux entrantes dans la station) n’a rien à voir avec la fermeture inopinée de la station, le 8 décembre, et selon laquelle encore « ces gravats, présents dans toute station d’épuration, ne sont pas suffisants pour entraîner une mise à l’arrêt ».
La semaine passée, lors de la première séance parlementaire, Evelyne Huytebroeck avait fourni des réponses cohérentes, au point que l’opposition MR avait temporairement renoncé à réclamer sa démission, malgré sa gestion politique et médiatique déplorable de la crise. Avec d’autres parlementaires, Didier Gosuin, chef de file MR, avait demandé tous les documents concernant l’affaire, afin de les analyser et d’éventuellement revoir son attitude à l’égard de la ministre.
Pour l’instant, Aquiris, en conflit judiciaire avec la Région bruxelloise, se tait, se contentant de quelques communiqués lacunaires. Mais ce mardi, Elke Roex et Sophie Brouhon (SP.A) ont exhibé des lettres datant de novembre 2008 de Vivaqua et de la Ville de Bruxelles, gestionnaires du réseau : ces courriers indiquent que la qualité des effluents est altérée par le sable. Ce courrier confirme la version Aquiris, et montre que le problème était connu depuis très longtemps. La Ville estimait que c’était à la SBGE, qui veille pour le compte de la Région à la bonne exécution du contrat par Aquiris, de financer ces travaux. La ministre Evelyne Huytebroeck et le député Arnaud Pinxteren (Ecolo) estiment cependant que ces documents ne suffisent pas pour accréditer la thèse d’Aquiris.
Par ailleurs, des PV et des courriers entre Aquiris et la SBGE ont été évoqués ce mardi par Didier Gosuin. Ils révèlent les travaux pour une installation visant à dessabler les effluents. Selon Didier Gosuin, Aquiris a tenté de construire une infrastructure sans permis pour remédier au problème des sables et des gravats : « Si la Région avait autorisé la construction de cette installation, cela revenait à reconnaître implicitement la présence de sables et de gravats, ce qu’elle [la Région] dément. La SBGE a dressé un PV et les travaux ont été arrêtés ». Encore une fois, la ministre conteste cette version. La SBGE a fait cesser les travaux parce qu’ils n’avaient pas de permis et que rien, dans les échanges entre la Région et Aquiris, ne les justifiait.
Réagissant en fin de journée aux informations rendues publiques mardi, la ministre Huytebroeck a accusé Aquiris d’avoir sous-estimé le problème des sables : « Bien sûr que l’on connaissait le problème des sables . Aquiris a sous-estimé ce problème. Résultat, ils nous ont dit en octobre de payer 40 millions d’euros » pour le résoudre, « ce à quoi nous avons répondu par une demande d’étude pour déterminer si la teneur en sables était réellement plus forte qu’en 2000 », explique la ministre. Cette étude a montré, selon elle, que la teneur en sables n’avait pas changé.
Il est dès lors « exclu que la Région bruxelloise paie les 40 millions » étant donné que le cahier des charges avait prévu le traitement des sables, poursuit Evelyne Huytebroeck. Aquiris estime que ce rapport n’est pas fiable car il ne tient pas compte de certains paramètres comme la période des pluies.
Quant à la tentative par Aquiris de construction d’une installation visant vraisemblablement à dessabler les effluents, Evelyne Huytebroeck constate que « le fait qu’ils construisent ce bâtiment prouve qu’ils savaient qu’il y avait un problème ».
Et comme pour souligner avec force que c’est bien du côté d’Aquiris que réside le problème, la ministre et son président Charles Piqué faisaient savoir mardi en soirée qu’ils convoquaient le patron de Veolia, la maison mère française d’Aquiris.
