La vraie-fausse sortie d'Elio Di Rupo
Posté par: so
dans Sur le terrain
le Nov 25, 2011
Cinq cent vingt six jours après les élections fédérales du 13 juin 2010, Elio Di Rupo, le formateur chargé de mettre sur pied un nouveau gouvernement fédéral, a, pour la deuxième fois depuis cette date, jeté l'éponge en allant présenter en cette fin de journée du 20 novembre sa démission au Roi.
La nouvelle était dans l'air depuis la nuit dernière lorsque les négociations en cours pour la confection du budget fédéral 2012 ont connu une très vive crispation entre les familles socialiste et sociale-chrétienne d'une part et les 2 partis de la famille libérale dont la seule question qui se posait à leur égard était de savoir qui, de l'Open VLD ou du MR, s'y prenait le mieux pour passer pour le parti le plus réfractaire à l'aboutissement trop rapide d'un compromis honorable.
L'espoir était jugé mince, très mince même, par les observateurs de voir les négociateurs aboutir ce lundi à un accord. Ils avaient vu juste : Di Rupo est donc démissionnaire aujourd'hui. Allons-nous pour autant nous retrouver à nouveau enfouis au plus profond du marécage dans lequel le pays est plongé depuis le 13 juin 2010 et qui donne une si mauvaise image tant à l'intérieur de notre pays qu'à l'étranger ?
Non évidemment. Cette démission n'est pas une démission semblable à celle de Johan Vande Lanotte qui, le 6 janvier de cette année, avait utilisé cette belle formule pour illustrer l'absence de volonté des négociateurs « On ne peut pas faire boire un cheval qui n'a pas soif». Non, cette fois, on est en plein théâtre montois où l'on pense qu'il faut jouer au moins deux fois une même pièce pour que le public la considère comme réussie.
Invités par le Roi à faire montre de sérieux et d'empressement, les négociateurs des trois plus grandes familles politiques actuelles du pays vont très certainement reprendre la négociation là où il y a eu blocage. Comment le verrou va-t-il sauter ? On le sait, les bleus exigent des diminutions de dépenses partout où celles-ci apparaissent comme exagérées ou hors de mise. Cette politique doit être menée là où elle est justifiée mais ne pourra toutefois suffire pour amener le budget fédéral à l'équilibre et pour conduire une politique qui veille à ne pas laisser le pays filer vers la régression économique et la spirale de la récession.
C'est pourquoi, une fois fait avec circonspection le nettoyage des crédits sans réelle portée, le PS et le SP.A ont cent fois raison d'insister pour que de nouveaux moyens financiers soient trouvés là où, sans atteindre les plus démunis et les classes moyennes qui ont déjà été durement touchées par les effets de la crise financière de 2008, les dirigeants politiques du passé prospère n'ont pas encore porté le fer. Ou dans une mesure qui n'a vraiment rien à voir avec les véritables ponctions déjà effectuées sur les rémunérations du travail ou les pensions.
L'heure n'est plus, c'est vrai, aux demi-mesures. L'Europe nous impose le retour à l'équilibre budgétaire d'ici 2015. Tant au plan national qu'au plan des entités fédérées d'ailleurs. Dans cette perspective, il va falloir, que ce soit au fédéral et au niveau des Régions, en même temps serrer les boulons et mettre de l'huile dans les rouages. Histoire de faire reculer l'endettement d'une part et de nous placer d'autre part dans la meilleure position pour faire face aussi bien aux besoins du présent qu'aux défis du futur. La dette publique est un danger mortel quand elle échappe à tout contrôle, elle est une source de développement quand elle est maîtrisée. C'est pourquoi il nous faut des budgets qui sachent faire rimer rigoureux avec ambitieux
Je ne doute pas que, une fois terminé ce moment de mauvais théâtre, les négociateurs auront à coeur de faire la démonstration que la Belgique est toujours bien par excellence le pays des bons compromis et que, comme s'y est engagé Bruno Tobback lors du congrès administratif du SP.A qui a eu lieu ce dimanche (et, je le glisse en passant, qui m'a vue devenir membre du Bureau du Parti, oui oui), les choix justes qui seront faits dans les prochains jours permettront à notre pays de continuer à donner vie à notre Etat social, et pas seulement pour les cas sociaux.
Oui, j'ai bien conscience de la difficulté que représente la mise en place d'un budget qui sache à la fois économiser, réorganiser, relancer. Cela suppose en effet une volonté politique bien arrêtée. Si tel n'est pas toujours le cas, preuve en est le budget 2012 de la Région de Bruxelles-Capitale qui aurait d'ailleurs beaucoup à souffrir si Elio Di Rupo n'allait pas jusqu'au bout de la course qu'il a entreprise, je veux penser que tout est encore possible du côté de la rue de la Loi.
Oui, je suis convaincue qu'une fois réussie l'opération qui consistera à mettre en ligne de front, et non plus deux par deux, les six chevaux qui sont appelés à tirer le char sur lequel Elio Di Rupo se prépare à monter, notre pays sortira de l'ornière dans laquelle il est coincé depuis bien trop longtemps.
